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L’ingénieur pédagogique : architecte, formateur et chef de projet

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La formation en ligne amène son lot de nouveaux métiers. Parmi eux, l’ingénieur pédagogique, appelé à l’international Learning Designer. Joanna Szuda exerce ce métier au sein d’EDHEC Online. Elle nous invite dans son quotidien et nous en dit plus sur ce nouveau métier, au croisement entre pédagogie, design, gestion de projet et même… architecture !

Devenir ingénieur pédagogique - EDHEC Online

Qu’est-ce que le métier d’ingénieur pédagogique ?

Bonjour Joanna, en quoi consiste le métier d’ingénieur pédagogique ?

C’est un métier relativement nouveau, qui mêle pédagogie et gestion de projet. Il existe surtout pour la formation à distance. 

La mission de l’ingénieur pédagogique, c’est de créer des parcours pédagogiques engageants et de qualité pour les étudiants qui vont les suivre. Pour cela, nous travaillons en binôme avec les experts qui transmettent leurs connaissances, les professeurs ; et toute une équipe plus large de personnes spécialisées en tournage de vidéos, en développement informatique, en graphisme…

  • D’un côté, nous aidons les auteurs à structurer les contenus d’une formation donnée. Le but : rendre leur savoir intelligible, pédagogue et même ludique !
  • De l’autre, nous travaillons avec l’équipe pour construire et tester les modules sur la plateforme où ils seront suivis.

À l’EDHEC, nous mettons l’accent sur le concret. Nous prêtons attention à ce que les exemples soient vraisemblables, qu’on les retrouve dans le monde du travail. Il faut d’ailleurs que les cours soient à jour et qu’ils reflètent les innovations les plus récentes. Et la deuxième caractéristique propre au métier de Learning Designer en général, c’est que tout ce qui se fait en ligne peut être vu, revu, rembobiné. Donc, il faut que tout soit soigneusement construit. On accorde donc une très grande attention au détail sur ces formations.

Vous me disiez que ce métier était relativement récent. Sauriez-vous à peu près dater son invention ?

Le métier de professeur est vieux comme le monde. Celui connexe d’ingénieur pédagogique est plus récent. On en trouve néanmoins trace dès 1954. Cependant, dans les quinze dernières années, avec l’explosion des études en ligne, ce métier s’est beaucoup développé. Actuellement, on trouve certains de ses représentants dans beaucoup de pays du monde, notamment dans le monde anglophone, en France, en Allemagne, au Japon… ce qui explique qu’on privilégie le mot anglais, même si la traduction française existe. 

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Comment construit-on une formation ?

Joanna, par quelles étapes passe-t-on pour construire une formation ?

J’en vois 5 bien distinctes : 

  • 1 : Outline
  • 2 : Story board
  • 3 : Création des contenus
  • 4 : Implémenter
  • 5 : Validation

Construire le plan du module – Outline

En premier lieu, on construit le plan du module, qu’on appelle “Outline”. L’objectif est de définir les grandes lignes d’un module avec le ou les auteur(s) et les directeurs de programmes. Chaque programme doit répondre à l’un des objectifs finaux de la formation, afin d’acquérir certaines des compétences répertoriées. 

Créer un Story-Board

Ensuite, on entre dans le détail. Pendant cette deuxième phase, on crée un réel “Story Board” qui décrit comment on va créer une séquence, avec du texte, des exercices, des activités ou travaux de groupe, des quiz, tests, et des vidéos. Quand je dis qu’on entre dans le détail, c’est un euphémisme. Pour un module de 35 heures, on compte environ 10 à 12 personnes qui y travaillent pendant 5 mois. Une fois cette phase terminée, nous avons tout scénarisé, le plan et le script de chaque partie sont créés et les compétences associées définies. À ce stade, nous procédons à des revues orthotypographiques pour que les scripts soient de la meilleure qualité possible. 

Créer les contenus

La troisième phase est celle de la création de tous les contenus d’un module donné. Vidéos, activités, real-life scenarios, simulations, jeux… Rien ne nous limite, sauf notre imagination ! Pendant cette phase, nous travaillons avec des développeurs, des cadreurs, des vidéastes, des graphistes, des monteurs… Parfois, nous tournons une vidéo 3 à 4 fois pour qu’elle soit parfaite.

Implémenter

La quatrième étape consiste à implémenter ce qui a été construit pour le publier en ligne. C’est assez chronophage, car nous avons des vérifications très précises. 

Les retouches finales et la validation

Enfin, la dernière étape consiste à faire valider le contenu ainsi mis en ligne une dernière fois par l’auteur. Ce sont les retouches finales. De même, nous mettons en place des tests par des personnes qui passent les modules comme s’ils étaient des étudiants. Les tests se passent sur mobile et Web, dans plusieurs zones géographiques, sur des navigateurs distincts… Si tout se passe bien, nous sommes prêts à donner accès à la formation.

Vous mentionniez de nombreuses vérifications. Comment vous assurez-vous que le contenu soit qualitatif ? L’est-il autant qu’en présentiel ?

Un process continu d’améliorations

Tout à fait. Les audits complets dont je viens de vous parler sont très importants. On part d’un contenu qui a déjà été revu (par les Learning Designers, les auteurs et des correcteurs) et qui est encore amélioré.

Utilisation du lightboard dans les enregistrements de cours et les classes virtuelles



Une fois que le cours a été suivi par des étudiants, nous leur demandons aussi leur retours à travers d’enquêtes. Nous prenons ensuite en compte ces commentaires pour faire évoluer les modules, d’une session à l’autre. C’est donc un processus continu, qui tend toujours plus vers l’excellence pédagogique.

Une formation online est donc aussi qualitative qu’en présentiel ?

Oui, c’est la raison pour laquelle je dirais qu’une formation en ligne est même 10 fois plus qualitative qu’une formation en présentiel. Elle est en effet développée par une équipe d’une quinzaine de personnes, dont des experts métiers ou chercheurs reconnus, des ingénieurs pédagogiques, des vidéastes, designers et développeurs, alors qu’un cours en présentiel est créé par une seule et même personne : ce n’est pas la même force de frappe.

Des clichés circulent sur les formations en ligne qui seraient moins qualitatives que du présentiel… Mais il y a formation en ligne et formation en ligne. À l’EDHEC où notre équipe pousse la recherche depuis 20 ans sur le sujet et recrute les meilleurs experts pour co-construire le contenu, ce manque de qualité est une idée reçue.

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Justement, quelles sont les spécificités pédagogiques de l’EDHEC Online ?

Nous employons la même pédagogie qu’IVEY au Canada ou Imperial College en Grande-Bretagne. Nous faisons partie de la FOME Group, une alliance d’universités et d’écoles prestigieuses à la pointe de la recherche.

Parmi les piliers de la pédagogie de ces écoles, on retrouve des points communs : le contrôle qualité, le choix des auteurs, l’innovation technologique et pédagogique. Nous soignons par exemple énormément le storytelling, en rendant les scénarios d’études concrets et ludiques.

Pour vous donner un exemple, une activité qu’on propose est, à partir de données très précises, de prendre des décisions d’investissement au Brésil pour une firme pharmaceutique. Une fois toutes les ressources épluchées, les étudiants font une recommandation. Puis, de nouveaux éléments sont débloqués et nous leur demandons s’ils maintiennent leur décision ou s’ils préfèrent creuser encore. Ce cas pratique leur permet, autour d’une situation concrète du monde professionnel, d’exercer leurs compétences d’analyse des données, de synthèse, d’argumentation… Autour d’un cas ludique, pragmatique et surtout, interactif ! 

Comment faites-vous pour rendre les formations ludiques ? Et pour maintenir l’engagement des étudiants ?

Nous y parvenons grâce à l’innovation continue. Nous faisons de la veille en innovation pédagogique. YouTube a rendu les gens moins attentifs et plus exigeants : il faut désormais engager dès les premières secondes. Nous panachons aussi les formats et rendons les cas les plus intéressants possibles. Il faut toujours surprendre !

Chose complexe, nous devons aussi nous adapter à différentes audiences. Des étudiants en formation initiale, des trentenaires en reconversion, des dirigeants quadragénaires ou avec plus d’expérience encore. Avec les plus jeunes, nous passons nos messages avec de l’humour et nous tablons sur la gamification. Pour les personnes en reconversion, il faut que ce soit très concret, professionnalisant, qu’ils puissent transposer leurs savoirs à leur métier. Le meilleur retour, c’est quand un diplômé nous dit qu’il a pu mettre sa formation à profit dans sa vie professionnelle !

Enfin, pour que chacun aille à son rythme, nous misons sur l’adaptive learning. Si une personne est en avance, elle pourra aller plus loin, et si une autre a plus de mal, un academic mentor va l’épauler.

À vous entendre, aucun doute : vous adorez votre métier ! Qu’est-ce qui vous plaît le plus ?

Effectivement, c’est fabuleux car on apprend tous les jours. On ne travaille jamais deux fois le même contenu, ni avec les mêmes experts. On échange avec des gens qui ouvrent nos horizons. C’est aussi très créatif. On raconte des histoires, on imagine comment on pourrait rendre une activité attirante, ludique et originale. Et à la fin, on voit ce à quoi on a donné vie.

Si je devais comparer mon métier à d’autres, je dirais que cela se rapproche beaucoup du métier d’architecte. Il doit aussi créer quelque chose (on retrouve le côté invention, design, création), mais il faut que ce soit réalisable, logique et parfaitement construit. Au quotidien, je suis tour à tour journaliste, architecte, cheffe de projet IT et co-réalisatrice. Ce mélange hétéroclite de tâches et compétences me nourrit pleinement. 

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