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L’éthique, relais de croissance de l’économie numérique

6 juin 2019

L’économie numérique connaît un dynamisme sans précédent. Les consommateurs n’ont jamais autant utilisé de produits et services high tech. Mais c’est sans compter sur les doutes grandissants des citoyens quant aux pratiques des géants du web. Pour Loick Menvielle, PhD – Professeur de Marketing et directeur du Programme BSC online de l’EDHEC, cela appelle une réponse immédiate avec une solution facile à mettre en œuvre au niveau de chaque entreprise : le « design éthique » ou « privacy by design »

Touché par une kyrielle de scandales liés aux données personnelles, Facebook est aussi accusé de ne pas en faire assez pour lutter contre le cyberharcèlement et endiguer les fausses informations. Mais il n’est pas le seul à connaître des difficultés. Que vous soyez Mark Zuckerberg, dirigeant d’une start-up ou responsable marketing dans une grande ou petite entreprise, le défi est le même pour tous : le numérique doit gagner en éthique. L’impact futur d’un service ou d’un produit doit être mieux anticipé par l’entreprise conceptrice. Enfin, quelle limite faut-il placer au design de l’attention, à savoir des interfaces pratique et en même temps destinées à capter/conserver l’attention des utilisateurs ? Il existe déjà une solution facile à mettre en œuvre au niveau de chaque entreprise : le « design éthique » ou « privacy by design » quand la démarche s’applique aux données personnelles.

Replacer l’Homme au cœur de l’innovation numérique

Qu’entend-on par design éthique ? Ce sont des services et produits conçus en prenant en compte le respect de la vie privée, l’environnement et l’accessibilité. Il ne s’agit pas de se passer des apports technologiques acquis ou en plein essor comme l’intelligence artificielle. L’enjeu est de replacer l’Homme au cœur de l’innovation numérique et respecter son libre-arbitre. Cela va naturellement plus loin que la transparence ou une politique RSE. Prenons l’exemple des algorithmes, leur co-construction avec les utilisateurs et l’open data pourraient corriger les biais de modèles construits uniquement sur les statistiques ainsi que les limites des ordinateurs à intégrer la portée morale de certaines décisions.

Les préoccupations éthiques croissantes des utilisateurs, l’encadrement des pratiques dans le numérique n’est plus perçu comme une contrainte mais comme une attente des citoyens.

En travaillant avec les associations de patients dans l’élaboration de nouveaux traitements ou dispositifs médicaux, le secteur de la santé fait déjà beaucoup mieux que l’économie numérique. Malgré des parts de marché encore faibles, les moteurs de recherche alternatifs constituent néanmoins un bon contre-exemple. Ne pas tracer les utilisateurs ou collecter leurs données de navigation est le fondement de la démarche de nouveaux acteurs comme le Français Qwant et le pari que le modèle de l’Américain Google a peut-être vécu ou du moins qu’une autre façon d’entrevoir le digital est possible.

Certes, la domination des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) n’est pas menacée à court terme. Mais les lignes sont en train de bouger du fait de la multiplication et durcissement des réglementations, la RGPD européenne en tête. Par ailleurs, avec les préoccupations éthiques croissantes des utilisateurs, l’encadrement des pratiques dans le numérique n’est plus perçu comme une contrainte mais comme une attente des citoyens.

Ouvrir la tech à de nouveaux profils, la mission des écoles de management

Pour les entreprises, il y a une voie d’accélération à prendre à condition d’utiliser des approches crédibles comme le design éthique. L’éthique serait-elle ainsi le meilleur argument pour bon nombres d’acteurs de la sphère digitale ? Tout laisse à penser que dans les années à venir, la dimension éthique ouvrira une nouvelle ère dans nos environnements numériques. Les futurs managers sont très attendus sur ces sujets et les écoles de management ont un rôle à jouer, notamment dans l’ouverture du secteur de la tech à des non-ingénieurs et aux femmes. C’est pourquoi l’EDHEC a intégré des modules en digital marketing et a noué des partenariats avec l’École 42 ainsi que des start-ups.

Photo par Carl Heyerdahl sur Unsplash